vendredi, mars 24, 2006

[PHILO] Complément sur la démocratie [égalité/liberté]

Réflexion sur la démocratie : Jacques Rancière
[relation avec l’introduction générale sur la question de la démocratie]

Les brèves analyses que je donne sont en rapport avec le chapitre « Les usages de la démocratie » extrait de Aux bords du politique de Jacques Rancière. Ces analyses viennent compléter le cours sur la démocratie que nous fait en introduction au Traité politique e Spinoza. Ici vous ne pouvez lire que el début de cette anlyse, télécharger (dans les PDF) le poly 1 de politique pour lire la suite si cela vous intéresse.

Ce que Rancière montre c’est l’aporie qui se tient dans la notion de démocratie :
« La figure empirique de l’homme démocratique semble contredire l’idée pleine de la communauté démocratique. Cette vision s’exprime par exemple dans le livre de Macpherson, The life and Times of Liberal Democracy. La démocratie libérale y apparaît comme la conjonction un peu contre nature entre l’essence communautaire de la démocratie et le calcul individuel des coûts et des profits dans l’univers libéral de la main invisible qui ajuste les intérêts. En soi démocratie et individualisme iraient dans des sens opposés. Et dans le contexte désabusé actuel, nous aurions guère que le choix entre deux positions : ou bien il faudrait, tout en prenant acte de la démocratie libérale, re-collectiviser le sens de la démocratie. Ou bien il faudrait dire franchement que ce que nous appelons démocratie n’est rien d’autre que le libéralisme, que tous les rêves de cités heureuses n’ont jamais été que des rêves, le mensonge à soi-même d’une société de petits et de grands capitalistes, finalement complices dans l’avènement du règle des individus ».
Ce premier extrait est l’énonciation de l’aporie de la démocratie. Cette énonciation aporétique, nous pouvons en trouver des traces chez Tocqueville dans le second tome De La démocratie en Amérique, même s’il la résout en posant que les hommes démocratiques préfèrent l’égalité à la liberté. D’un côté la revendication d’une absolue liberté fondée sur l’intérêt privé et de l’autre la logique d’une égalité pouvant permettre aux individus de se considérer comme des égaux au sein de la société. D’un côté l’égalité de la différence (la liberté) pouvant conduire à l’inégalité sociale et à la destabilisation sociale, de l’autre l’égalité de droit assurée législativement, devant empêcher les différences et l'opposition.
De la démocratie en Amérique, Tocqueville
« L’amour que les hommes ont pour la liberté et celui qu’ils ressentent pour l’égalité sont, en effet, deux choses distinctes, et je ne crains pas d’ajouter que, chez les peuples démocratiques, ce sont deux choses inégales. […] »

La suite qui se trouve dans le poly montrera l'analyse précise de cette aporie et comment Rancière en arrive à la résoudre.

mercredi, mars 22, 2006

[SES] Conflits sociaux et mobilisation sociale

Exemples de conflits et de mouvements sociaux ?
- 1848, 1936, 1968, grèves de 1995,
- aujourd’hui mouvement des étudiants et des lycéens…
- mouvements des profs, des chercheurs, des ouvriers de chez Moulinex, des « sans-papiers », des « sans », des chasseurs, des médecins…

Y a-t-il des points communs entre ces actions collectives ?

Quatre critères pour amorcer une définition du « mouvement social » :
(1) ils reposent sur une action en commun, concertée et coordonnée,
(2) ils mettent en avant des revendications ou la défense d’une cause,
(3) des revendications sont adressées à un adversaire bien identifié dans une logique de conflit : on agit « contre », ce qui est différent d’agir ensemble pour résoudre un problème.
(4) La prise de parole que matérialise le mouvement social s’oppose aux formes organisées et officielles d’expression : le vote par exemple dont la légalité lui donne une légitimité que les détracteurs des mouvements sociaux oppose à l'illégalité - des piquets de grève par exemple, élevés par des minorités illégitimes - des gauchistes manipulateurs par exemple).

Pour autant, la protestation a aussi ses règles, ses constantes !
C. Tilly, un historien américain, parle de « répertoires d’actions collectives » = des gammes de façons particulières d’exprimer la protestation qui varient selon les époques et les pays.
- Il suggère aussi que, comme des chansons, ces répertoires peuvent être « interprétés ». Exemple = une manifestation : soit un défilé quasi-militaire (le FN qui manifeste), soit une manifestation très colorée avec fanfares et déguisements (les lycéens qui manifestent contre le CPE).
- Il montre bien aussi que les répertoires sont un enjeu de lutte avec l’autorité qui cherche à les encadrer par la loi. Exemple : les lois Sarkozy 2003 dont une partie vise les squatteurs, la mise en cause des symboles nationaux (le drapeau, la Marseillaise).

DONC : les mouvements sociaux sont des actions concertées en faveur d’intérêts ou de valeurs, où le groupe mobilisé exprime son conflit avec un adversaire en puisant dans un répertoire protestataire d’action collective.


Comprendre ces conflits est souvent difficile pour plusieurs raisons :

- On les simplifie à l’excès par une lecture trop politique : gêner le gouvernement + manipulation n’est jamais loin… (Les lycéens seraient manipulés par une petite frange de gauchistes).
- L’émotion paralyse l’analyse : peur, colère / sympathie au contraire. Exemple : grèves des transports publics (la RATP, la SNCF…).
- Les médias en parlent de manière peu éclairante : priorité aux images chocs, temps court de l’information, personnes mobilisées peu à l’aise devant la caméra. (Les lycéens identifiés aux casseurs ; les images de l’évacuation de la Sorbonne samedi dernier).

SURTOUT : l’évolution de la structure sociale – la moyennisation – fait que l’explication marxiste du conflit social par l’antagonisme entre classe ouvrière et classe bourgeoise a vécu !

Comment comprendre les conflits sociaux dès lors ?

Les fichiers PDF mis en ligne ci-contre permettent de répondre à cette question !!!

mardi, mars 21, 2006

[PHI] Jankélévitch : document morale & technique

Texte de Jankélévitch qui distingue le rôle de la technique et l'évolution de l'intention morale. On remarquera la mention de 3000 ans, comme chez Bergson. N'oublions pas que Jankélévitch a été élève de Bergson, peut-être (il faudrait vérifier) que cette mention provient du texte sur l'homo faber.
ce que veut démontrer jankélévitch par l'utilisation d'une fiction révélante, c'est que si les moeurs (donc le comportement social) des hommes changent sous la pression technique (il faudrait ici aller voir Paul Virilio, Vitesse et Politique entre autres), cependant l'intention morale, dont nous sommes responsables individuellement (même si elle peut être le résultat de certaines habitudes ou mimésis sociales [cf. cours de début d'année : Alain, Etudes, le milieu humain, Bourdieu, La distinction et la question de l'habitus, etc...], ne va pas changer.
En ce sens le progrès des moeurs est l'effet du progrès technique.

Jankélévitch, Entretien, Le monde, 13 juin, 1978.

« Plutarque, dans un de ses traités, nie l’idée de progrès moral. Et il est vrai qu’au niveau des mœurs, du droit, des peines et de la procédure, un progrès continu est perceptible. Nos mœurs sont de plus en plus douces, notre justice de moins en moins barbare . Tout ce qui est quantifiable, scalaire, est susceptible d’amélioration. Mais un perfectionnement des intentions morales a-t-il un sens ?
En l’an 3000, beaucoup de pratiques inhumaines auront disparu. La femme ne sera plus utilisée comme joujou et instrument de plaisir, la peine de mort sera abolie depuis longtemps en tous lieux et on se demandera même comment la mort légale a pu être inscrite dans les codes ; peut-être même, les biens état devenus tellement abondants, qu’on ne sera plus tenté de les dérober à son prochain, le désintéressement sera-t-il plus banale et la moins méritoire des vertus. L’intérêt propre prendra alors d’autres formes : il y aura encore des menteurs, des vaniteux et des égoïstes ! Mais l’égoïsme sera plus subtil. Le « surhomme » au retour d’une expédition dans les étoiles sera vantard et mesquin comme tout un chacun, trompera sa femme, fera souffrir son prochain.
C’est que la conscience est retorse infiniment ; l’homme, doué de conscience, ne peut pas ne pas prendre conscience de ses pouvoirs clandestins de tromperie, de l’impunité que lui assurent l’anonymat et le secret des intentions. »

Cette évolution des moeurs, si on peut la comprendre par la possibilité de rationnalisation des communications du point de vue urbains, tient aussi au contrôle tout à la fois interne des corps et externes. D'un point de vue interne par la possibilité de contrôler ses variations psychiques. La castration chimique est ainsi pratiquée au Canada. D'un point de vue externe : aussi bien par la video surveillance, que selon d'autres principes de géolocalisation (bracelet GPS pour les détenus en conditionnel ou en liberté surveillée).
On le voit ce qui anime les moeurs c'ets la possibilité de la sécurité (on retrouve la question de la mise en sécurité de l'étant poursuivi par le Gestell chez Heidegger).

lundi, mars 20, 2006

[PHI] Bergson : antériorité de la technique, l'homme est un homo faber

« [1] En ce qui concerne l'intelligence humaine, on n'a pas assez remarqué que l'invention mécanique a d'abord été sa démarche essentielle, qu'aujourd'hui encore notre vie sociale gravite autour de la fabrication et de l'utilisation d'instruments artificiels, [2] que les inventions qui jalonnent la route du progrès en ont aussi tracé la direction. [3] Nous avons de la peine à nous en apercevoir, parce que les modifications de l'humanité retardent d'ordinaire sur les transformations de son outillage. Nos habitudes individuelles et même sociales survivent assez longtemps aux circonstances pour lesquelles elles étaient faites, de sorte que les effets profonds d'une invention se font remarquer lorsque nous en avons déjà perdu de vue la nouveauté. […] [4] Dans des milliers d'années, quand le recul du passé n'en laissera plus apercevoir que les grandes lignes, nos guerres et nos révolutions compteront pour peu de chose, à supposer qu'on s'en souvienne encore; mais de la machine à vapeur, avec les inventions de tout genre qui lui font cortège, on parlera peut-être comme nous parlons du bronze ou de la pierre taillée; elle servira à définir un âge. [5] Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l'histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l'homme et de l'intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. [6] En définitive, l'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils et d'en varier indéfiniment la fabrication. »

Henri Bergson, L’Évolution créatrice (1907), Éd. PUF, coll. "Quadrige", 1996, chap. II, pp.138-140.

La détermination de l'intelligence et de la raison pour Bergson apparaît selon la nécessité pratique de la création d'outil. Ce n'est pas une recherche de connaissance qui anime l'homme, mais c'est la recherche de composer, de déterminer ses conditions d'existence qui anime et dynamise sa conscience et son rapport au monde.
Comme le polycopié du mardi 21 mars va vous le montrer, c'est pourquoi l'essence de la technique dirige pour Heidegger le destin de l'homme en son ouverture au monde.

Analyse rapide du texte en parties :

1/ Tout d'abord, Bergson pose que la dynamique de l'intelligence a été animée par "l'invention mécanique". Elle en est un des fondements. C'est pourquoi dans le texte de Koyré, est mis en lumière que beaucoup de civilisations se sont développées sans créer des sciences séparées de la pratique, de la technique.

2/Les appareils techniques, ne sont pas seulement des traces témoins, simultanément en tant qu'effet de l'invention, ils sont déterminés en tant que vecteurs de la direcetion qui sera suivie par l'homme. Ce que permet une technique ouvre un horizon d'approfondissement qui correspond à l'ouverture initiale.

3/ Cependant, et ici Bergson croise Heidegger sur la prise de conscience du rapport de l'homme à la technique, ce sens, la direction qui s'ouvre par le biais du progrès technique, n'est visible quant à la transformation du rapport de l'homme au monde que selon le retard de l'assimilation de ce qu'implique les techniques quant à ce rapport. Le sens dans lequel l'homme se destine au monde est en ce sens d'abord voilé, comme si l'évolution technique n'avait pas d'effet sur l'homme. Ce processus de non-perception est redoublé par le fait que lorsqu'il serait possible de voir cette transformation impliquée par la technique, du fait de l'habitude de l'usage de la technique, il n'y plus de possibilité de constater cette transformation. L'homme est ignorant de ce point de vue de sa propre évolution, et en quel sens sonn rapport au monde s'est modifié selon le prisme des techniques [il faudrait ici analysé aussi bien le rapport au temps, à l'espace, à autrui, etc... qu'à soi-même.]

4/ De cette première analyse, justifiant que nous ayons été un tant soit peu aveugle quant au sens de l'histoire humaine, liée à la technique, il va impliquer des conséquences quant à ce qui détermine l'histoire. L'accent est bien sûr mis sur le progrès techno-scientifique. Pour établir cette implication, il utilise une hypothèse imaginaire (raisonnement hypothétique ici invérifiable) : on se retrouve dans 3000 ans. Ce qui aura marqué ne sera pas tant ce qui caractérise les mouvements politiques, les conflits et autres révolutions, mais bien le développement technique.

5/ Implication épistémologique quant à la définition de l'homme : il ne serait pas homo sapiens, mais homo faber. Sa nature est d'être fabriquant, inventant, etc... [ici à notre la différence avec la définition ontologique par exemple d'un Descartes, pour qui l'homme en tant que res cogitans n'a pas d'abord et avant tout de rapport au monde par le ccorps, mais par la conception]

6/Implication finale, et fin de la démonstration : l'intelligence humaine doit être définie en rapport à la technique et la fabrication.

[PHI] cours sur la technique : Complément sur l'antériorité de la technique par rapport à la science

Complément pour la partie 1)b, où à partir des textes de Ellul et de Bergson, je pose l'antérioriét du geste technique sur la science.
Tout d'abord des remarques :
Les textes de Ellul et de Bergson parle bien de science et non pas de pensée ou de conscience. La science est conçue comme un savoir théorique qui pose un ensemble de lois qui envisagent d'un point de vue abstrait un ensemble de phénomènes. La conscience peut très bien réfléchir à la résolution d'une difficulté sans en passer par la formalisation scentifique de celui-ci et sa résolution rationnelle. Elle peut avoir un ensemble de procédures pratiques qu'elle a assimilé et qui lui permet de répondre à sa difficulté. Cela pour dire, que la confusion serait une erreur.

Ensuite, je donne à la suite un texte de Koyré (auteur vu au moment de l'analyse des expériences imaginaires dans le I)B) par rapport à Galilée). Koyré développe sa pensée non pas en opposant science et technique, mais en faisant la distinction entre science et pratique, l'une et l'autre ne s'impliquant pas nécessairement quant on considère :
a) l'histoire de leur rapport en Occident.
b) les différents horizons géographiques où se sont constitués des Etats ou des Empires.
Nous le constatons, il brise tout mythe d'une science première et de la pensée ethnocentriste.


« Il est indéniable qu’il y a un parallélisme sensible entre l’évoolution de la chimie théorique et celle de la chimie industrielle, entre celles de théorie de l’électricité et de son application.
Pourtant, cette interaction entre la théorie et la pratique, la pénétration de la seconde par la première, et vice versa, l’élaboration théorique de la solution de problèmes pratiques — et nous avons vu pendant et après guerre jusqu’où cela peut aller — me semblent être un phénomène essentiellement moderne. L’antiquité et le Moyen-Âge nous en offrent peu d’exemples, si même ils nous en offrent, en dehors de l’invention du cadran solaire et de la découverte par Archimède, du principe qui porte son nom. Quant aux techniques antiques, force nous est d’amdmettre que, même en Grèce, elles sont tout autre chose que de la science appliquée. Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, on peut édifier des temples et des palais, et même des cathédrales, creuser des canaux et bâtir des ponts, développer la métallurgie et la céramique, sans posséder de savoir scientifique ; ou en n’en possédant que des rudiments. La science n’est pas nécessaire à la vie d’une société, au développement d’une culture, à l’édification d’un Etat et même d’un Empire (…) Aussi ne devons-nous pas exagérer le rôle de la science comme facteur historique : dans le passé, là même où elle a existé effectivement comme en Grèce, ou dans le monde occidental pré-moderne, il fut minime »


Koyré, Perspectives sur l’Histoire des sciences, extrait des Etudes d’histoire de la pense scientifique.

[SES] Lorsque les plus pauvres… payent le plus : la politique fiscale de lutte contre le tabagisme en échec


Depuis 1990, la consommation de cigarettes – qu’elle soit évaluée globalement ou par ménage français, régresse : la première a baissé de 96 milliards d'unités en 1990 à 55 milliards d'unités en 2000 ; la seconde a reculé de 12,18 à 9,22 cigarettes par jour et par ménage entre 1990 et 2000. On peut s’en féliciter et y voir une conséquence d’une politique consensuelle de santé publique, menée par les gouvernements de gauche comme de droite, d’augmentation des taxes sur le prix des cigarettes pour en faire augmenter le prix et diminuer la consommation.

Pour l’Etat et les fabricants : une politique rentable.

Depuis 1990, le prix des cigarettes a presque quadruplé – il a été multiplié par 3.7 entre 1990 et 2004, permettant à la fois donc une baisse de la consommation en volume de 43%… et l’augmentation des recettes fiscales liées au tabac ! En effet, l’Etat n’a pas perdu au change car la hausse du prix et des taxes sur les produits du tabac ont plus que compensé la diminution de la consommation en volume. Par sa politique, l’Etat n’a pas donc pas renoncé à une source de revenu qui alimente depuis 1629 – date d’instauration d’une taxe sur le tabac en France, son budget.

Jusqu’en 2002, les fabricants de cigarettes n’ont pas non plus perdu au change, ce qui apparaît beaucoup moins évident : le chiffre d’affaire des ventes de cigarettes a plus que doublé entre 1990 et 2002. Ce petit miracle mathématique s’explique principalement par la préférence croissante pour les cigarettes blondes, bien plus onéreuses que les cigarettes brunes. Ce phénomène de substitution n’est d’ailleurs pas nouveau : en 1979, les cigarettes brunes représentaient 75% des cigarettes vendues alors qu’en 1989, elles n’en représentaient plus déjà que 40%. [L’auteur remercie ici N. Pradines pour lui avoir suggéré cette explication, mais reste seul responsable de son éventuelle mauvaise utilisation.]

Une politique sans effet sur la consommation des français les plus pauvres.

Cependant, les hausses successives des taxes sur le tabac ont-elles conduit à la diminution de la consommation de tabac de tous les français ? Non, seuls les ménages français les plus aisés ont véritablement réduit leur consommation de cigarettes.
Selon Raphaël Godefroy, « Les taxes sur le tabac sont-elles régressives ? », mémoire de DEA sous la direction de Thomas Piketty, 2003, alors que les augmentations des taxes sur la tabac se sont multipliées dans les années 90, les 10 % de ménages qui gagnent le plus (décile 10 – 5700 euros par mois en moyenne en 2000) ont diminué leur consommation de 5,6 à 3,4 cigarettes par jour et par adulte entre 1990 et 2000. Dans le même temps, pour les 10 % des ménages qui gagnent le moins (décile 1 – 600 euros par mois en moyenne en 2000), la consommation moyenne est restée à la fois bien supérieure et stable aux environs de 8 cigarettes par jour et par adulte (entre 7,7 et 9,1). Ce n’est qu’à partir du décile 4 que la consommation commence à baisser pour cette période.
Entre 1990 et 2000 au total, les ménages français les « plus pauvres » n'ont donc pas réduit leur consommation de cigarettes alors que la hausse de la fiscalité sur le tabac, et celle concomitante des prix de vente enregistrée sur cette période, a conduit à une baisse de la consommation globale en volume des cigarettes en France.

Un impôt sur les pauvres.

Les pauvres ont donc encaissé les fortes hausses de prix des cigarettes sans diminuer leur consommation. Le résultat est simple : les dépenses de tabac ont augmenté trois fois plus vite dans les tranches de revenus les plus bas que dans les tranches de revenu les plus élevées ! Le poids du poste de dépenses « cigarettes » pèse donc de plus en plus lourdement dans les comptes des ménages les moins favorisés : la part de leurs revenus consacrée au tabac n'a cessé de progresser, passant de 4,5 % au début des années 1980 à 7 % en 2000. Sur la même période, la part du revenu consacré au tabac est restée stable à 0,5 % chez les ménages les plus riches.
Si la part du revenu prélevée au titre de la fiscalité sur le tabac diminue à mesure que le revenu du ménage augmente, alors la fiscalité sur le tabac est un impôt dit régressif. Autrement dit, c’est l’exact opposé de l’impôt sur le revenu ! L’IRPP, l’impôt sur le revenu des personnes physiques est en effet dit progressif puisque la part du revenu prélevée augmente à mesure que le revenu augmente.

On ne peut donc que constater l'échec d'une approche purement fiscale de la lutte antitabac, car la hausse des taxes et des prix aurait dû fonctionner avant tout sur les bas revenus. Là, c’est l’Etat – et ici ses alliés objectifs, les fabricants de tabac, qui se sucrent sur le dos des plus pauvres !


M. SYLVAIN, Professeur de SES au lycée Robespierre (62).

Comment fixe-t-on le prix des cigarettes ?
Jusqu’en 1994, le prix du tabac était fixé en France par le ministre du budget après concertation avec les fabricants. Les condamnations successives de la France par la Cour de Justice Européenne pour cette entrave à la libre concurrence ont conduit depuis à une libre fixation des prix des cigarettes par les fabricants. Cependant, compte tenu du poids des taxes dans le prix de vente, l’Etat peut encore très largement imposer des augmentations de prix en accroissant sa fiscalité.

A suivre… les effets inégaux des politiques de prévention sur le tabagisme… ou de pourquoi Mme Dequidt, notre infirmière dévouée du lycée Robespierre est indispensable, plus utile et plus efficace dans la lutte contre le tabagisme !

[PHI] Aristote : texte en complément Heidegger

Comme vous l'aurez remarqué, le texte d'Aristote porte sur la main. La main est un thème courant pour la démarcation de l'homme vis-à-vis de l'animal, ou encore pour marquer sa spécifité. Il n'y aurait certainement pas eu de possibilité technique sans la main et son pousse préhenseur. C'est pourquoi Heidegger dans Qu'appelle-t-on penser, en vient à thématiser la main, du point de vue de ce qui s'ouvre par son être pour l'homme :
Ce que je propose ici, c'est une lecture de texte, avec une analyse rapide des points importants.

Penser est peut-être du même ordre que travailler à un coffre. C’est en tout cas un travail de la main. La main est une chose à part. La main, comme on se la représente habituellement, fait partie de notre organisme corporel. Mais l’être de la main ne se laisse jamais déterminer comme un organe réel de préhension, ni éclairer à partir de là. Le singe par exemple, possède des organes de préhension, mais il ne possède pas la main. La main est séparée de tous les organes de préhension - les pattes, les ongles, les griffes - infiniment, c’est-à-dire par l’abîme de son être. Seul un être qui parle, c’est-à-dire pense, peut avoir une main et accomplir dans un maniement le travail de la main.
Mais l’oeuvre de la main est plus riche que nous ne le pensons habituellement. La main ne fait pas que saisir et attraper, ne fait pas que serrer et pousser. La main offre et reçoit, et non seulement des choses, car elle-même offre et reçoit dans l’autre. La main garde, la main porte. La main trace des signes, elle montre probablement parce que l’homme est un monstre. (...) Chaque mouvement de la main dans chacune de ses oeuvres est porté par l’élément de la pensée, il se comporte dans cet élément. Toute oeuvre de la main repose dans la pensée. C’est pourquoi la pensée elle-même est pour l’homme le plus simple et partant le plus difficile travail de la main, lorsque vient l’heure où il dfoit être expressément accompli.

Analyse rapide :
_ Tout d'abord Heidegger part du travail de la main, de ce qu'elle permet manuellement, mais ceci dans une phrase étrange : puisqu'il s'agit d'une comparaison avec l'activité de "penser". On retrouve la vision d'Aristote dans le Traité des parties des animaux. La liaison nécessaire enre "penser" et la main. L'ensemble du texte va tenter de justifier cette première assertion.
_ 1er moment du texte (de "La main est une chose à part" jusqu'à la fin du 1er §)
Heidegger tente de distinguer l'être de la main. Sa spécificité n'est pas organique d'abord et avant tout. Ce n'est pas la préhension qui la caractérise non plus spécifiquement, au sens où les singes, ont une main, qui, même avec le pousse qui est solidaire du reste de la main, est préhensile. Mais ce qui caractérise l'être de la main,, tient de sa liaison avec la pensée : la main n'est pas un organe, elle n'est que parce qu'elle permet à la pensée de s'ex-primer dans un travail.
L'exclusivité de la main provient de la pensée, elle en est le moyen en quelque sorte. Et c'est par cette relation qu'elle se distingue.
_ Pour prouver cela, au 2nd §, il va distinguer plusieurs oeuvres de la main :
a) le premier sous-ensemble de caractères tient aux actions manuelles classiques, qui n'enveloppent pas en tant que telle de valeurs symboliques spécifiques. ce sont des opérations techniques : saisir, attraper, serrer ett repousser.
b) Heidegger ouvre les possibilités de la main, qui sont les plus évidentes (ce qui est impliqué par l'expression : "plus riche que nous ne le pensons"). Ce qu'il met en lumière c'est la possibilité de la main d'exprimer la pensée en ce qu'elle peut avoir d'intime : la relation inter-subjective ("la main offre et reçoit"). Heidegger distingue bien la différence entre offrir et recevoir des choses, et la question de l'autre, d'autrui. La main en effet est bien le lieu de l'expression de notre être-avec (les signes de salut, d'amitié, d'émotion, etc).
_Mais si l''être de la main est bien l'expression même de la pensée dans le monde, elle doit permettre à la pensée de se donner en tant que telle. Elle doit être la médiation à la pensée de sa propre transmission : c'ets pourquoi d'un point de vue évident, Heidegger, termine cet approfondissement de l'être de la main par le fait "que la main trace des signes". Tracer des signes, c'est non seulement la possibilité de la traduction logico-linguistique des choses du monde (l'écriture, etc) mais c'est aussi la possibilité de poser pour l'homme son propre être. Et ceci par la réflexivité de la conscience de soi qui passe par l'écriture. C'est dans ce sens que nous pouvons analyser : "l'homme montre parce qu'il est un monstre"la monstruosité de l'homme est celle de se montrer, de se montrer à lui-même, à savoir de prendre conscience de son être et de l'importance de sa représentation. >> Ici, on pourrait se référer à la description de l'impossibilité de la transmission des inventions chez Rousseau, dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. En effet, les hommes sans mémoire, et sans moyen de la retenir nee peuvent transmettre à l'Etat de nature leurs inventions, ces dernières meurent avec leur inventeur comme l'écrit Rousseau.
_ De là la fin du texte vient développer et mettre en lumière la liaison entre la main et la pensée :
a) si certes la main est bien la médiation de la pensée,
b) la pensée doit aussi s'appliquer à la modalité d'être de la main.
On comprend pourquoi Heidegger insiste sur cette relation : ce qui est en jeu c'ets non seulement l'art, mais aussi la possibilité pour l'homme d'exprimer par la main sa pensée : l'écriture.




[SES] Economie : réflexion de Mickaël Sylvain sur le CPE


Flexibilisateur-payeur, un principe de justice sociale à promouvoir »

Le succès de la manifestation étudiante et lycéenne du jeudi 16 mars devrait être confirmé samedi prochain 18 mars. Le gouvernement doit profiter de cette occasion pour retirer le CPE et ouvrir une réelle réflexion sur la promotion de la flexibilité de l’emploi. Car à la lumière des résultats récents de l’analyse économique, la flexibilité apparaît comme une pollution inutile pour lutter contre le chômage.

L’OCDE, institution dont les penchants libéraux sont facilement identifiables – par exemple dans une publication intitulée en 1992 « Make the work pay », a montré à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de lien entre flexibilité de l’emploi et taux de chômage dans les pays de l’OCDE (publications de 1994, 1999, disponibles sur le site internet de l’OCDE) : le taux de chômage est ainsi tout aussi faible dans un pays très flexible comme les Etats-Unis que dans un pays très rigide comme la Norvège.
La seule relation qui existe est entre flexibilité de l’emploi et variation du chômage. Cela se comprend aisément : face aux fluctuations de l’activité économique, les entreprises embauchent certes en phase ascendante du cycle économique, mais elles débauchent en phase descendante du cycle économique ; de sorte qu’en moyenne, sur l’ensemble du cycle économique, le volume de l’emploi reste le même. Si la population active est stable ou augmente, alors le chômage reste stable ou augmente.
En France, le développement des emplois atypiques (CDD, intérim, temps partiel) depuis les années quatre-vingts se traduit ainsi depuis 1985 par des fluctuations du taux de chômage français de 2 points autour d’une moyenne de 10%. Plus la flexibilité de l’emploi est forte, plus les variations du chômage le sont. Mais, gare à l’illusion : sur l’ensemble du cycle économique, le taux de chômage moyen est bien resté aux alentours de 10% depuis 20 ans ! On comprend aisément que le choix de l’Etat de favoriser la flexibilité de l’emploi depuis 20 ans pour lutter contre le chômage ait été sans succès.

Plus grave, ce choix est lourd de conséquences pour les salariés qui occupent des emplois précaires. De ce point de vue, la flexibilité de l’emploi apparaît comme une pollution. Il est en effet dommageable que les salariés flexibles – ceux qu’on embauche et débauche au gré des fluctuations de l’activité économique, soient doublement pénalisés alors qu’ils permettent à l’entreprise d’être plus efficace – puisqu’ils leurs permettent d’optimiser leur volume d’emploi à chaque instant.
Ils sont tout d’abord pénalisés en termes de pouvoir d’achat. Le SMIC ou le salaire négocié dans le contrat de travail sont en effet des salaires horaires. Celui qui occupe un emploi moins de 12 mois sur 12 et moins de 35 heures par semaine, gagne moins qu’un salarié en CDI à temps complet. Les travailleurs pauvres, ces salariés qui travaillent et qui se situent en dessous du seuil de pauvreté, offrent un exemple malheureux des externalités négatives produites par le recours à la flexibilité de l’emploi par les entreprises. La pollution est une externalité négative, c’est-à-dire, une conséquence négative sur tous sans que l’entreprise qui la produite en paye le prix. Pourquoi de même, une entreprise qui bénéficie de la flexibilité de l’emploi n’en paye pas le prix alors que le salarié flexible, qui augmente l’efficacité de l’entreprise, est-il pénalisé dans son pouvoir d’achat ? Il faudrait internaliser au moins en partie cette externalité négative en mettant à contribution les entreprises – par exemple en fonction du pourcentage de d’emplois précaires dans leur emploi total : elles seraient taxées pour augmenter considérablement la prime pour l’emploi des salariés flexibles.
Ils sont ensuite pénalisés dans leur accès présent et futur à la protection sociale. Les cotisations sociales étant assises sur l’emploi, le salarié flexible travaillant moins en moyenne annuelle qu’un salarié en CDI à temps complet, cotise aussi forcément moins. Alors qu’encore, ces salariés flexibles augmentent l’efficacité de l’entreprise en acceptant des emplois précaires, ils sont pénalisés. Pourquoi les entreprises ne participeraient-elles pas plus pour ces salariés au financement de leur protection sociale ? On internaliserait là encore une partie de l’externalité négative produite par la flexibilité de l’emploi.

Ainsi, après plus de 20 ans de flexibilisation de l’emploi (CDD, intérim, etc., et aujourd’hui CPE, CNE), il est temps d’en évaluer les conséquences funestes et les corriger à défaut de l’abandonner. Elle ne permet pas de réduire significativement le chômage et elle est à la source d’externalités négatives. Sauf à vouloir un retour à la condition salariale du XIXème siècle – marquée par un faible niveau de vie et de sécurité individuelle face aux risques de l’existence (vieillesse, maladie, chômage), l’Etat doit prendre en compte les résultats récents de l’analyse économique qui soulignent la légitimité de son intervention dans pareil cas de défaillance du marché. Le Premier Ministre doit donc retirer le CPE et revoir sa copie... et instaurer le principe du flexibilisateur-payeur s’il tient encore à flexibiliser

l’emploi.

Mickael SYLVAIN, professeur de SES au lycée Robespierre d’Arras (62), vendredi 17/03/2006.

[ PHI] Cours sur la technique donné ce lundi 20 mars (Platon)

Le polycopié de ce matin [poly 1] porte sur la première partie du cours sur la technique. Bien évidemment, il ne faut pas hésiter à poser des questions. Je vais essayer de préciser le plus possible dans ce blog les questions qui pourraient survenir..


Retour sur le polycopié :
1) Science et technique : la technique est antérieure à la science :
a) Préliminaire : deux intuitions
_ Le texte de Platon reprend donc un texte d'Hésiode. Ce qui est intéressant, c'est la decsription ontologique de l'homme au moment de sa création par les Titans Epiméthée (l'imprévoyant)et Prométhée (le prévoyant). L'homme a été oubié, il est sans qualité. Être sans qualité signifie qu'il est ni Dieu, ni bête (note : n'oubliez pas que selon Aristote le zoon politikon (l'animal politique) est entre la bête et l'ange).
Mais c'est aussi peut-être là l'ouverture de l'homme à sa propre liberté : il n'obéit à aucun déterminisme qui est donné à l'animal par le partage d'Epiméthée. Les hommes sont ceux dont leur destin est entre leurs "mains" (cf. texte d'Aristote). Tel que cela est dit dans le texte d'Eschyle : Prométhée enchaîné : "J'ai pris dans la tige d'une férule la semence du feu que j'ai dérobée, semence qui est pour les mortels la maîtresse de tous les arts et une auxiliaire sans prix".
être sans qualité, donc cet état misérable de la condition humaine (cf. Pascal, cours début d'année) c'est donc la possibilité à partir de soi de son être.
Toutefois, apparaît ensuite la malédiction qui tombe sur l'homme. Pour Prométhée, il sera enchaîné, et devra sublir le supplice de se voire dévorer le foie par un aigle.
Pour les hommes, une boîte sera forgée par Héphaïstos, dans laquelle Zeus mettra tous les maux de la terre. Cette boîte sera ouverte par Pandora : en ce sens la connaissance des arts et des techniques, si elle est une puissance de liberté pour l'homme, elle lui servira aussi pour répondre aux maux qui s'abattent sur lui.


En ce sens ce texte, s'il permet de bien montrer de quelel manière dès l'antiquité la technique est corrélative de l'homme et de sa conscience, il permet aussi de souligner l'état de dénuement de l'homme lors de son surgissement. ce qui indique que l'homme, maudit par Zeus, devra lutter pour sa propree survie, au sens où il en a conscience. La question de la préservation, de la sécrurité est donc cruciale ici (comme j'y reviendrrai avec heidegger).

Ouverture du blog d'urgence

A toute crise, certaines solutions. Donc ouverture de ce blog pour que vous puissiez lire des textes, avoir des cours, et encore poser des questions grâce aux commentaires. Je tenterai de metttre un certain nombbre de plug-in pour le rendre le plus opératoire possible, mais je suis plus spécialiste d'autres plateformes, qui ont malheureusemennt le défaut d'être propriétaire et de ne pas permettre le multipostage. Donc blogspot, j'aime bien Google

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